La Thaïlande dans la Tourmente

A l’approche  des  élections prévues pour le 2 Février, en Thailande, le Premier Ministre,  Yingluck Shinawatęa,  durcit le ton et ordonne l’Etat d’urgence…  Pour les Thais qui occupent les rues de Bangkok depuis plus de deux mois, Yingluck n’est qu’une marionette entre les mains de son frère qui tire les ficelles depuis son exil doré du Quatar. Cependant, Thaksin n’a pas les mains propres. De sévères preuves de corruption en fraudes électorales, la liste de ses abus de pouvoir n’en finissent pas d’attiser la colère populaire. 

Hell To Taskin
Credit ©michael memmi 2014

De Bangkok, by Michael Memmi  Jeudi 23 Janvier 2014

Quarante huit heure depuis l’Etat d’urgence, les occupants des rues n’ont pas bougé. Le quartier occupé est toujours bloqué en attendant de savoir si les forces de police vont démanteler ou non les barrières métalliques et renvoyer tout le monde à la maison bien sagement, ou juste laisser faire.  En attendant, cette nuit, des relais médicaux sont installés et, la Croix rouge Thai mentionne la possibilité de vandales déguisés en faux infirmiers.

Face a cette occupation aux allures de kermesse, la police a pris le parti de ne pas intervenir et l’ armée de ne pas bouger. Les avenues ne sont pas barrées par des pneus ou des carcasses renversées et calcinées, mais par un déploiement bien ordonné et parfaitement organisé de véhicules et de materiel high tech. Des générateurs industriels sur plateau roulant sont parqués en cas de besoin, et la ville fournit gracieusement toute la logistic nécessaire à ce rassemblement moitié festif, moitié militant.  Les couloirs du métro aérien sont  gardés par des nervis bougons et sans humour. Sur le parking transformé en village de tentes, on chante, on danse, on dort, au milieu des cuisines de campagne et de jolis minois d’enfants peinturlurés.

Parfois, des commandos partent à l’assaut d’un édifice officiel. L’intendance bien ordonnée suit dans des estafettes décorées de rubans et de posters ironiques. La cible est, cette fois, une antenne de la Compagnie des Eaux. Les fonctionnaires en sortent tranquilles et sans se presser. Un dialogue s’établit, court et débonnaire, et les bureaux sont symboliquement fermés au public. De nombreuses exceptions et passe-droits sont accordées, et le travail continue à l intérieur. Se sentant victorieux, les gros bras et leurs soldats organisent un sit-in.

Arrive l’heure du diner avec la retraite glorieuse vers le campement ou les militants sont accueillis comme des héros prêt pour la photo obligée devant des étendards déployés. Ce sont des heures historiques.  On tape dans ses mains et on scande, les sifflets vrillés aux lèvres, ne tombent que pour boire et manger.  Sur une scène de la largeur de l’avenue se succèdent: une chorale mixte, de la Salsa Portoricaine, puis de la Cubaine qui réveillent une audience de plusieurs milliers de contestataires. Une escouade de jeunes gens bien mis ont envahi le plateau pour des démonstrations de danse pendant qu’un groupe de rock se prépare. Le spectacle est parfaitement huilé.

Et puis il y a Suthep Le Jaune, le cheveux gris, la tête ronde aux lunettes fumées finement cerclées. Il se déplace entouré de ses quarante gardes du corps et multiplient des menaces télévisées d’enlèvement du  premier ministre. Il exige aussi l’annulation des prochaines élections et l’installation d’un régime non élu au pouvoir absolu, mais provisoire.  D’ailleurs un changement de date des élections n’est pas exclu. Suthep se veut le porte parole du soulèvement alors qu’il est sous le coup d’une arrestation imminente pour terrorisme, et autres délits mineurs.  Mais, la foule le vénère et sa garde personnelle empêche la police de l’approcher.

Alors le jeu du chat et de la souris continu. Coups de feux sur les manifestants ,  lancement de bombes “ping pong” qui sont de très gros feux d ‘artifice, moins l’humeur fêtarde. Hier 23 blessées, aujourd’hui 28,  500 depuis l’occupation. Les ” Jaunes” ont besoin de martyrs espérant ainsi obliger l’armée à prendre le pouvoir et enfin démanteler le gouvernent, la soeur, ses servantes et le grand frère.

thai-bhumibol

Tout en haut de cette tour que l’ on tente d’ébranler se trouve le Roi, élevé au statut de divinité.  Il s’immisce dans tous les aspects de la vie économique par l’intermédiaire de portraits géants le représentant;  en photographe, en agronome, en blouse de docteur ou casque d’architecte,  en professeur et en grand patron des Forces Royales Armées. En réalité, Il est très vieux et fatigué, et  ses sorties se font de plus en plus rares. La dernière aération fut à l’occasion récente de son anniversaire. La, il a eu droit à un court séjour dans son palais balnéaire à une heure de Bangkok. Lors de cette sortie, il s’est obligé à un petit discours fluet demandant le calme général. Mais pour l’instant la situation est figée dans un état de suspens indéchiffrable…

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©michael memmi 2014

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