De l’ Irak à Monterey bay

Monterey Bay: Juin 21 2014 – Il est là, sur la jetée des pêcheurs, un oeil sur son fils de 5 ans, qui lance sa canne à pêche trois fois plus grande que lui, avec ” l’assurance d’un pro”,  fait remarquer le fier papa. Son fils, il l’a entrevu grandir entre les allées et retours des campagnes militaires,  les séparations et les retrouvailles…

Ce jeune vétéran est  rentré il y a juste un an de “ trois missions avec l’Air Force”, il parle vite avec excitation:  “ Saudi Arabia; l’Iraq l’abattoir ! L’Afghanistan l’enfer ! “, lance-t-il , tout en martelant les lattes de bois du ponton avec un filet ressemblant à un parachute de gaze ourlé de billes de plomb.  Aucun danger de passer à travers le plancher, mais le bois creusé et laminé par  le sel et les marées se met à trembler sous les coups réguliers.  Puis, d’un mouvement puissant et calculé il lance le filet à travers le parapet, la corolle s’ouvre à la surface de l’eau avant d’être immédiatement happée vers le fond. Moins d’1 minute après, il le remonte…vide.  Il ré-arrange le filet mécaniquement,  et le rituel reprend. C’est alors que notre “Airman” se met à partager ses pensées:

“ Ce qui vient de se passer en Iraq, on a toujours su  que cela pouvait  arriver. On savait que notre équipement était menacé, on a choisi de prendre des risques”.  Avec son doigt il pointe son oeil gauche: “ Des problèmes de vision… je n’y suis pas, mais mon unité est sur place,  dèjá au travail.  Nous allons récupérer notre matériel,  je vous le promet. Là-bas, ils ont peut-être l’expérience du combat, mais ils n’ont pas le training.”

Soudain, sur cette jeté inondée de soleil, entre le bleu de l’Océan et celui du ciel, la paix a disparu.  Elle vient d’être remplacée par des images sanglantes,  dont la description qu’il en fait est  hachurées par les tremblements de sa voix,  des répétitions brutales,  et cette sueur qui coule de son front.  Ce vétéran n’a  pas seulement perdu un oeil,  ses nerfs, eux aussi,  l’ ont lâché .

Le nombre de personnel militaire Americain en Irak est aujourd’hui estimé à environ un millier, peut-être davantage. Certains groupes ont été envoyés officiellement avec la mission de former l’ armée Irakienne et ses nombreux volontaires fraîchement engagés. D’ autres sont arrivés beaucoup plus discrètement  avec des missions encore plus obscures.  Ouvertement  ces ” Forces de Sécurité” sont en Iraq afin de  ” protéger  les intérêts des USA”.  Quels sont ces intérêts? Au-delà de la protection de l’ambassade de Bagdad, les réponses floues sont de rigueur. Mais certaines de ces troupes vont se concentrer sur la récupération du matériel lourd qui semble être sur la liste des priorités, ainsi que sur celle des “intérêts ” ou actifs de l’ Oncle Sam.

Pour ce soldat blessé, enfant de la région de Santa Cruz, si son coeur est ici avec son jeune fils, sa famille, ses habitudes; sa tête et ses émotions, elles, sont sur des lieux de combats lointains. Un peu à l’image de sa tenue destructurée, mi civil, mi-armée.

 

 

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