Les “Bacha Posh”, filles déguisées en garçons d’Afghanistan

Il devient de plus en plus fréquent pour les fillettes Afghanes de se faire passer pour des garçons. La société est au courant et tolère cette nouvelle forme de résistance. La journaliste Jenny Nordberg, vient de sortir un livre enquête sur ce phénomène terrifiant d’auto-mutilation de la personnalité, qui n’a rien à voir avec la transexualité.

Dans de nombreuses familles Afghanes la naissance d’une fille s’apparente à un deuil. Celle d’un garçon est considérée comme une bénédiction. Les filles sont de gros fardeaux,  soumises à une vie stricte à options limitées, voir inexistantes.   Alors, depuis quelques années un certain nombre de jeunes filles –sans doute plus important qu’il n’y parait–, ont su trouver un moyen de lutter contre cette discrimination.

En 2010,  Jenny, rapporte les premières histoires de filles surnommées “bacha posh” — filles habillées en garçons–qui vont vivre comme des garçons aussi longtemps qu’elles le peuvent.

Le livre commence sur votre visite à Azita, qui est l’emblème de l’avancé rèussie d’ une femme en Afghanistan. Elle est membre du parlement,  parcourt le monde, donne des conférences, mais ses deux filles jumelles vont vous révèler un secret de famille.

C’est exacte, dés ma première visite. J’ètais venue l’inerviewer sur sa conditon de femme parlementaire en Afghanistan, comme il y en a très peu, le sujet semblait intérèssant. En attendant Azita je me suis retrouvée avec ses deux jumelles. Elles parlaient un Anglais limité qui réduisait nos conversations à: Quelle est votre couleur préférée? Qu’est-ce que vous voulez faire quand serez grande?…etc. Soudain, l’une des soeurs lance…” Vous savez, notre frère est vraiment une fille.” Et je la regarde et je me dit, “ouais c’est ca”. Et l’autre dit – vexée, que je n’ai pas prise sa soeur au sérieux –  “non, non, il est notre sœur”.  Azita avait en tout quatre enfants et je ne lui connaissais que trois filles et un garçon plus jeune.

Comment avez-vous commencé à vous rendre compte de l’ampleur de ce phénomene?

Chaque Afghane à qui j’ai parlé – à l’exception de celles qui sont expatriées depuis longtemps- ont entendu parler de quelqu’un, qui ont un voisin, un membre de leur famille élargie, une grand-mère, un collègue, qui est concerné. Dans les zones les plus conservatrices, les cas sont, parait-il, encore plus fréquents. Tous les Afghans sont au courant de ce fait, tous ont une histoire à raconter.

Mais des filles en garçons comment-font-elles?

C’est très simple vous savez. Tant qu’elles sont enfants qui peut vraiment faire la différence? Quand j’ai rencontré Mehran,  la fille d’ Azita, elle entra dans la chambre – comme une enfant de six ans-contrairement aux allures de fillettes de ses soeurs- c’était  un garçon. Elle avait une coupe courte, une chemise en jean, hanches vers l’avant, et pointa une arme jouet à moi,  un tout autre personnage. Il est important, de comprendre que, dans une société à forte ségrégation – où les hommes et les garçons ont tout les droits- il est très important que le système  confirme que les garçons ressemblent à des garçons et les filles à des filles. Donc, dans un sens cela facilite le passage d’un genre à l’autre. Il suffit de ce conformer à l’apparence représentée.

Qu’arrive-t-il quand une Bacha Posh atteint la puberté? Quelle est l’histoire de Zahra?

Dans la plupart des cas, elles sont censées devenir à nouveau des filles, et prendre le chemin très traditionnel des femmes afghanes, et auront à leur tour un fils. Il est donc très important pour ces jeunes filles de ne pas aborder la puberté comme des garçons. Zahra est quelqu’un qui a repoussé les limites. Elle avait 15 ans la dernière fois que je l’ai rencontré, un vrai garçon manqué. Elle m’a dit, ” je vois comment les femmes sont traitées ici. Pourquoi être l’une d’elles?” Elle va donc faire de gros efforts pour rester dans la peau d’un garçon. Elle se dispute au quotidien avec ses parents, qui l’implore: “peux-tu devenir plus féminine? Peux-tu laissez pousser  tes cheveux? Mais elle refuse. Elle marchait plutot voûtée, d’une façon masculine exagérée, et pouvait très bien prendre l’attitude d’un jeune homme. Voilà comment elle a grandi, et voilà ce qui semble naturel pour elle. Donc, quelques-unes sont capables de résister, mais la plupart du temps, elles ne vont pas contre leurs parents.

Vous comparez l’attitude de beaucoup d’Afghans envers les bacha posh au: “ne demande pas, ne dis rien” Tant que personne ne demande rien et que rien n’est jetè à leur figure, ils s’en accomodent?

C’est vrai ” ne demandez pas, ne dites pas” est adapaté à la situation.  La majorité de Afghans sont au courant des faits. C’est aussi une société très fermée dans un pays en guerre où on ne s’implique pas dans les histoires des autres. Tout change cependant  quand il s’agit d’adolescentes. C’est pourquoi peu d’entre-elles prennent le risque de se faire passer pour l’autre sexe quand elles atteignent l’ âge d’être femme.

La majorité des auditeurs de cette émission vivent dans un pays où les femmes sont secrétaires d’Etat,  chefs d’entreprise, généraux et chirurgiens ou encore à la tête du FMI. Quelle leçon pouvons nous tirer de l’expérience des Bacha Posh?

C’ est une histoire d’oppression universelle. C’est une résistance que les femmes et les filles pratiquent tout au long de notre histoire. Ici, Il ya des femmes qui rejoignent la guerre civile en se faisant passer pour des hommes parce qu’elles ne sont pas autorisées à faire des études pour devenir médecins. C’est l’histoire d’un passage d’identité et comment contourner le système dans une société impossible. Et le bacha posh le démontre. Comment peut-on être plus créatif? Une attitude de défiance que les femmes ont prise depuis des générations. “ Vous rendez la vie difficile aux femmes et aux filles, on va se transformer en garçons.”

Girls Of Kabul. by Jenny Nordman

Translation/adaptation d’un transcript produit  par NPR

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